La musique pour clavier de Bach oppose régulièrement les pro-clavecin aux pro-piano. Comme pour le thé (avec sucre ou sans), ou la cuisson des oeufs à la coque (directement à l’eau bouillante ou d’abord à l’eau froide), la réponse peut ne relever que du goût personnel. Mais en bon droit musicologique, le débat est vite tranché.

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La musique pour clavier de Bach oppose régulièrement les pro-clavecin aux pro-piano. Comme pour le thé (avec sucre ou sans), ou la cuisson des oeufs à la coque (directement à l’eau bouillante ou d’abord à l’eau froide), la réponse peut ne relever que du goût personnel. Mais en bon droit musicologique, le débat est vite tranché.

Pour un Bach dans son jus – c’est-à-dire le texte dans sa vraie texture (harmonique, timbrique, rhétorique) -, il faut cuisiner aux cordes pincées : la jeune génération de clavecinistes français, de Pierre Hantaï à Céline Frisch et Benjamin Alard, s’y entend à merveille. En revanche, si l’on se rappelle que Bach fut l’un des plus actifs transcripteurs de son époque – et d’abord de sa propre musique, la faisant passer d’un instrument solo à un autre ou à l’orchestre entier, d’un genre profane à une page sacrée -, alors oui à la reconversion aux cordes frappées !

Dépassant cette querelle des anciens et des modernes, l’enregistrement passionnant du pianiste français David Bismuth affiche un propos plus ambitieux: suivre, tel un fil rouge, l’écriture de Bach à travers celle de ses transcripteurs, qu’il s’agisse de compositeurs-pianistes (Liszt, Busoni), de pianistes-compositeurs (Wilhelm Kempff, Alexandre Siloti, le cousin de Rachmaninov), ou de créateurs fascinés par la rigueur contrapuntique du Cantor (Schumann tentant sur les lettres du nom de B A C H une fugue plus « bachienne » que nature !).
Chacune de ces transpositions au piano vérifie la règle qu’édictait Arnold Schoenberg, grand transcripteur lui aussi, à la tête de sa société de concerts viennoise : « La composition est au premier plan, l’instrument est seulement pris en compte, et non le contraire. » L’éventail de jubilations déployé par cette anthologie de « Bach revu et corrigé » s’étend du pur plai-sir du texte (Saint-Saëns, à partir de la cantate BWV 29) à l’ivresse renversante de l’écriture (Busoni, sur La Chaconne de la Partita pour violon seul, BWV 1004). Jouant un Stein­way moderne, aussi brillant que profond, David Bismuth y ajoute sa propre touche : la volupté de l’intelligence.

Gilles Macassar

 

 

Regard franc avec un nuage de malice vite controlé, David Bismuth n’a rien de ces interprètes possédés par l’unique désir de paraître.

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David Bismuth, Edna Stern et Bertrand Chamayou jouent ensemble le Concerto n°7 pour trois pianos de Mozart

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CLASSIQUE. Ils se nomment Bertrand Chamayou, David Bismuth et Edna Stern. Le National de France les convoque au Châtelet pour le Concerto n° 7 pour trois pianos de Mozart. Certes, ces trois-là ne sauraient résumer à eux seuls la richesse de la jeune scène pianistique française. Ils n’en illustrent pas moins la vitalité, et la diversité.
Bertrand Chamayou, lui, c’est l’éclectique. Le dévoreur de répertoires, naviguant entre les Études transcendantales de Liszt et le répertoire contemporain. Un pianiste élevé dans l’ébullition musicale de son Toulouse natal, puis couvé sous l’aile attentive de Jean-François Heisser au CNSM de Paris. Sans doute est-il aussi le plus connu des trois, propulsé en 2001 par le concours Long-Thibaud. Cela ne l’empêche pas d’avoir un avis bien tranché sur la question des concours internationaux : « Un modèle qui séduit encore, mais aujourd’hui totalement obsolète car il ne tient pas compte de la diversité du piano contemporain, tant dans le répertoire que la périodicité des instruments. »

David Bismuth lui n’est passé par aucun de ces grands concours. Ce qui ne l’a pas empêché de s’imposer, à force de patience, comme l’un des héritiers les plus représentatifs de l’école française. Un piano « haute couture » teinté d’élégance et d’inventivité, comme en témoigne son dernier disque de transcriptions, Bach-ianas (juste paru chez Ame son). La transcription… Elle est au cœur des préoccupations de nos jeunes pianistes. « Il y a dans ce genre à part entière un côté hors du temps : un télescopage hybride de styles et d’époques, qui replace l’émotion au cœur de la musique, hors de toute considération esthétique », explique-t-il.

Edna Stern la connaît bien, cette liberté de la transcription. Elle vient de publier chez Zig Zag une relecture des Préludes et fugues de Bach entrecoupés de transcriptions de Busoni. La jeune pianiste israélienne mène aujourd’hui sa carrière surtout en France et en Belgique, mais n’a pas hésité à parcourir des kilomètres pour nourrir son imaginaire. Tel-Aviv, Bâle, l’Italie, Baltimore : autant de pèlerinages, autant de rencontres avec les maîtres Zimermann, Staier ou Fleischer. Difficile, dès lors, de l’associer à une école pianistique. Faut-il encore, d’ailleurs, parler d’écoles ? « Les transports aidant, les frontières entre les diverses écoles pianistiques sont en train de s’effondrer. C’est l’un des principaux bouleversements pour le présent et l’avenir du piano », prévient Bertrand Chamayou.

Lang Lang et Lars Vogt Le jeune piano est décidément à l’honneur cette semaine. À Pleyel, après un concert symphonique (12 février), Riccardo Chailly et son orchestre du Gewandhaus de Leipzig invitent (le 13) le phénomène chinois Lang Lang. Star du clavier à 26 ans, il vient de publier chez DG l’un de ses disques les plus aboutis, voué aux deux premiers concertos de Chopin. On le retrouve ici pour le premier de Mendelssohn. Au Châtelet, place à la relève d’outre-Rhin (le 15) avec le romantique Lars Vogt, 39 ans, rare en France, mais adoubé par les plus grands, Rattle et Abaddo en tête.

Faut-il y aller ? Oui ! Car cette œuvre rare nous promet un échange jubilatoire comme on n’en reverra pas de sitôt. En 1972, Karajan, Eschenbach et Frantz nous en livrèrent une lecture avec l’Orchestre de Paris restée dans les annales.

Son instrument fétiche n’aurait pas du être un clavier mais un stéthosscope. David Bismuth, originaire de la Côte d’Azur est en effet le seul membre de la famille à ne pas être médecin.

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Paru l’an dernier, le récital Franck / Fauré (1) de David Bismuth a mis en lumière une remarquable personnalité. Imagination sonore, naturel et intelligence des phrasés : rien d’un hasard si Michel Plasson a fait appel à un tel pianiste pour son anthologie d’oeuvres rares de Berlioz (2)

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David commence le piano par plaisir, en cours particulier à l’âge de 8 ans. Deux ans plus tard, il écoute les master-classes d’Anne Queffélec, et ce premier contact  » professionnel  » ne fait que renforcer son goût pour l’instrument et sa détermination.

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Paru l’an dernier, le récital Franck / Fauré (1) de David Bismuth a mis en lumière une remarquable personnalité. Imagination sonore, naturel et intelligence des phrasés : rien d’un hasard si Michel Plasson a fait appel à un tel pianiste pour son anthologie d’oeuvres rares de Berlioz (2) … Un jeu tout de chaleur, de poésie, de timbre, une capacité à aller au coeur du son: il faut sûrement en chercher un peu le secret du côté du CNR de Nice, où David Bismuth, originaire de Grasse, commence le piano à huit ans. Il en a douze lorsqu’il y devient l’élève de Catherine Collard, qui impressionne le gamin « par un rapport presque fusionnel à l’instrument autant que par son investissement pédagogique, son désir de transmettre ». Deux ans s’écoulent encore, ponctués d’expériences musicales inoubliables ( l’étude de la Fantaisie de Schumann, par exemple) ; et vient le moment d’intégrer le CNSM de Paris, dans la classe de Gabriel Tacchino. Après la rigueur du travail auprès de ce dernier, c’est avec Brigitte Engerer – qui reprend la classe de son confrère retiré del’enseignement – que le jeune musicien poursuit son cursus.

Irremplaçable rencontre 1993 : David Bismuth fête ses dix-huit ans et le terme de ses études au Conservatoire. « Y étant entré sans doute un peu jeune, j’ai éprouvé le besoin, en le quittant, de conforter mes acquis et d’élargir mon répertoire ». Pas une hésitation, c’est vers Monique Deschaussées qu’il se tourne ! S’il ne la connaît pas encore personnellement, les ouvrages de l’ancienne élève d’Edwin Fischer et d’Alfred Cortot ( L’homme et le Piano en particulier ) figurent depuis longtemps parmi ses lectures de chevet. La rencontre se produit au terme d’une conférence de la pédagogue et marque le début d’un contact régulier, durable et extrêmement enrichissant . « Monique Deschaussées faisait référence de manière permanente à Cortot, se remémore David Bismuth, et insistait sur l’importance d’une détente physique absolue pour parvenie à déployer la sonorité. Elle m’a appris à jouer en étant physiquement conscient de ce qui se passe. J’ai beaucoup élargi mon répertoire grâce à elle et je garde un très grand souvenir de l’étude de pages telles que la Sonate n°3 de Brahms, les Etudes de Chopin ou les Préludes de Debussy ». Mais le portrait de David Bismuth ne serait pas complet si l’on omettait une autre rencontre, plus récente celle-ci : Maria Joã Pires. Depuis trois ans, l’artiste français prend régulièrement le chemin du centre Belgais, au Portugal, pour travailler auprès de celle qu’il décrit « comme un modèle de générosité, de don de soi, de sens du partage, de simplicité. L’être humain est à la mesure de la pianiste : Pires a les pieds sur terre et la tête dans les nuages; elle est proche des gens et leur donne des ailes pour s’évader ». Mais l’important tient à ce que l’artiste portugaise « ne se pose pas en professeur de piano et préfère transmettre l’expérience d’une vie en musique ». Elle a en tout cas donné une belle marque d’estime au jeune musicien, en l’invitant à partager un concert en juillet dernier à Montpellier. De profondes affinités avec le répertoire de piano français ont poussé David Bismuth à associer Franck et Fauré dans son premier disque, avec des oeuvres (Prélude, Choral et Fugue, Thèmes et Variations op. 73 etc.) qui « relèvent à la fois d’un piano très orchestral et de structures formelles très élaborées ». Fort du succès du public que cette gravure a remporté, l’artiste va bientôt poursuivre dans cette voie : un non moins original programme faisant se côtoyer DuKas (Sonate) et Debussy (Suite bergamasque, Pour le Piano) paraîtra bientôt, toujours chez Ame Son. Mais, surtout, que l’on se garde bien de réduire David Bismuth à la seule musique française ! Ses concerts fournissent maints exemples de son éclectisme, qu’on l’entende en soliste, avec orchestre ou aux côtés de partenaires réguliers tels que Laurent Korcia, Marina Chiche, Radu Blidar et Vadim Tchijik.

Alain Cochard

(1) Ame Son ASCP0302, distribution Codaex.

(2) La Révolution grecque, etc. ( EMI 5574792, Diapason d’or )

Le dernier disque du pianiste David Bismuth consacré à Bach et trois de ses fils (lire la chronique) offre un regard subtil et passionnant sur des musiciens aux écritures diverses. Entretien.

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David commence le piano par plaisir, en cours particulier à l’âge de 8 ans. Deux ans plus tard, il écoute les master-classes d’Anne Queffélec, et ce premier contact  » professionnel  » ne fait que renforcer son goût pour l’instrument et sa détermination. Mais très vite, ce qui devait initialement n’être qu’un loisir prend de l’ampleur, notamment sous l’égide de Catherine Collard dont il intègre la classe au Conservatoire de Nice. À 14 ans, il est propulsé au sein du CNSMDP. L’aventure continue, principalement avec Brigitte Engerer, une rencontre forte qui le marquera pour de nombreuses années. En regardant en arrière, ce n’est pourtant pas durant cette période de  » scolarité « qu’il juge avoir le plus travaillé, mais après, aux côtés de Monique Deschaussées, ou plus récemment au contact de Richard Goode ou Maria-Joào Pires. Le point de ralliement de ces coups de cœur ? Une vision musicale qui lui correspond, bien sûr, mais aussi des qualités humaines sans lesquelles l’échange artistique ne peut opérer. Et surtout, cette envie d’approcher « un piano qui va vers l’essentiel et qui s’exprime à travers un langage musical qui [le] touche ». Inscrit en maîtrise de musicologie à la Sorbonne, il aime aussi fréquenter les cinémas et … les courts de tennis. Sport risqué pour ses mains ? Non… En revanche, c’est vrai qu’il a du mal à trouver des partenaires de jeu parmi les musiciens… L’annonce est passée !

Coralie Welcomme

Homme discret et artiste d’une sensibilité rare, le pianiste français explore des liens de famille entre compositeurs, interprètes et auditeurs.

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Portrait_LaCroix mai 2014

THE GOOD LIFE – juin 2014

Interview F.Hutmann

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David Bismuth Jouant au piano des œuvres composées originellement pour le clavecin ou le pianoforte, David Bismuth nous livre un disque magnifique consacré à la fois à Jean-Sébastien Bach et à ses trois fils compositeurs.

The Good Life : Comment vous est venue l’idée de ce disque ?

David Bismuth : Jean-Sébastien Bach a eu une vingtaine d’enfants, dont trois sont devenus de grands compositeurs. L’idée de ce disque est née de ma découverte des pièces pour clavier de Carl Philipp Emanuel Bach. Deuxième des enfants compositeurs de Jean-Sébastien, il a révolutionné la sonate. Son œuvre, écrite initialement pour le clavecin ou le pianoforte, se prête merveilleusement à l’interprétation au piano, du fait de son écriture tout en ruptures, aux dynamiques très contrastées. J’ai souhaité ensuite y ajouter des pièces composées par ses deux frères, dont la magnifique Sonate de Wilhelm Friedemann Bach. Enregistrée ici pour la première fois au piano, elle a la particularité d’avoir longtemps été attribuée au compositeur Hässler.

TGL : Au cœur de ce disque, vous interprétez deux œuvres de Jean-Sébastien.

D. B. : Je voulais en effet montrer l’influence du père sur ses fils et, en même temps, comment ils s’étaient finalement affranchis de son style. Mais je n’ai pas voulu interpréter des œuvres trop célèbres, comme les Partitas. J’ai choisi une fantaisie et une toccata, très libres de forme, et moins fréquemment enregistrées. Jean-Sébastien Bach était un génie de l’époque baroque et la musique de ses fils forme une passerelle vers le classicisme, voire préfigure le romantisme, jetant en cela un pont vers Haydn, Mozart ou même Beethoven. Ce dernier a été très influencé par l’œuvre de Carl Philipp Emanuel, ainsi que par son Essai sur la véritable manière de jouer les instruments à clavier. Carl Philipp Emanuel a d’ailleurs été l’un des premiers compositeurs à s’intéresser à la notion d’interprétation musicale.

TGL : Cet exemple d’un père, compositeur génial, dont les enfants sont de grands musiciens, est-il un cas unique ?

D. B. : A ma connaissance, oui. Tous trois ont reçu l’enseignement très attentif de leur père, ce qui a certainement contribué à en faire des musiciens accomplis. Naturellement, la postérité de Jean-Sébastien leur a fait une ombre considérable, bien que leur musique soit redécouverte depuis quelques années. Elle se démarque fortement de l’influence paternelle, par un style moins polyphonique, avec des motifs mélodiques prépondérants et un accompagnement plus discret. J’espère que ce disque contribuera à les mettre en lumière.

Le pianiste David Bismuth avait enregistré il y a 5 ans, toujours sous le label Ameson, un disque déjà consacré à Jean-Sébastien Bach, mais à travers le regard que d’autres musiciens ont porté sur sa musique.

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CLASSIQUE. Ils se nomment Bertrand Chamayou, David Bismuth et Edna Stern. Le National de France les convoque au Châtelet pour le Concerto n° 7 pour trois pianos de Mozart. Certes, ces trois-là ne sauraient résumer à eux seuls la richesse de la jeune scène pianistique française. Ils n’en illustrent pas moins la vitalité, et la diversité.
Bertrand Chamayou, lui, c’est l’éclectique. Le dévoreur de répertoires, naviguant entre les Études transcendantales de Liszt et le répertoire contemporain. Un pianiste élevé dans l’ébullition musicale de son Toulouse natal, puis couvé sous l’aile attentive de Jean-François Heisser au CNSM de Paris. Sans doute est-il aussi le plus connu des trois, propulsé en 2001 par le concours Long-Thibaud. Cela ne l’empêche pas d’avoir un avis bien tranché sur la question des concours internationaux : « Un modèle qui séduit encore, mais aujourd’hui totalement obsolète car il ne tient pas compte de la diversité du piano contemporain, tant dans le répertoire que la périodicité des instruments. »

David Bismuth lui n’est passé par aucun de ces grands concours. Ce qui ne l’a pas empêché de s’imposer, à force de patience, comme l’un des héritiers les plus représentatifs de l’école française. Un piano « haute couture » teinté d’élégance et d’inventivité, comme en témoigne son dernier disque de transcriptions, Bach-ianas (juste paru chez Ame son). La transcription… Elle est au cœur des préoccupations de nos jeunes pianistes. « Il y a dans ce genre à part entière un côté hors du temps : un télescopage hybride de styles et d’époques, qui replace l’émotion au cœur de la musique, hors de toute considération esthétique », explique-t-il.

Edna Stern la connaît bien, cette liberté de la transcription. Elle vient de publier chez Zig Zag une relecture des Préludes et fugues de Bach entrecoupés de transcriptions de Busoni. La jeune pianiste israélienne mène aujourd’hui sa carrière surtout en France et en Belgique, mais n’a pas hésité à parcourir des kilomètres pour nourrir son imaginaire. Tel-Aviv, Bâle, l’Italie, Baltimore : autant de pèlerinages, autant de rencontres avec les maîtres Zimermann, Staier ou Fleischer. Difficile, dès lors, de l’associer à une école pianistique. Faut-il encore, d’ailleurs, parler d’écoles ? « Les transports aidant, les frontières entre les diverses écoles pianistiques sont en train de s’effondrer. C’est l’un des principaux bouleversements pour le présent et l’avenir du piano », prévient Bertrand Chamayou.

Lang Lang et Lars Vogt Le jeune piano est décidément à l’honneur cette semaine. À Pleyel, après un concert symphonique (12 février), Riccardo Chailly et son orchestre du Gewandhaus de Leipzig invitent (le 13) le phénomène chinois Lang Lang. Star du clavier à 26 ans, il vient de publier chez DG l’un de ses disques les plus aboutis, voué aux deux premiers concertos de Chopin. On le retrouve ici pour le premier de Mendelssohn. Au Châtelet, place à la relève d’outre-Rhin (le 15) avec le romantique Lars Vogt, 39 ans, rare en France, mais adoubé par les plus grands, Rattle et Abaddo en tête.

Faut-il y aller ? Oui ! Car cette œuvre rare nous promet un échange jubilatoire comme on n’en reverra pas de sitôt. En 1972, Karajan, Eschenbach et Frantz nous en livrèrent une lecture avec l’Orchestre de Paris restée dans les annales.

Né en 1975, formé par Catherine Collard puis par Brigitte Engerer, Monique Deschaussées et Maria João Pires, David Bismuth trace un parcours original et attachant dans le paysage du jeune piano français. Outre une collaboration avec Michel Plasson dans le cadre d’un album Berlioz (EMI), sa discographie (chez Âme Son) comporte un très beau récital Franck/Fauré et une version non moins réussie de la monumentale Sonate de Paul Dukas (couplée avec quelques Debussy)

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CLASSIQUE. Ils se nomment Bertrand Chamayou, David Bismuth et Edna Stern. Le National de France les convoque au Châtelet pour le Concerto n° 7 pour trois pianos de Mozart. Certes, ces trois-là ne sauraient résumer à eux seuls la richesse de la jeune scène pianistique française. Ils n’en illustrent pas moins la vitalité, et la diversité.
Bertrand Chamayou, lui, c’est l’éclectique. Le dévoreur de répertoires, naviguant entre les Études transcendantales de Liszt et le répertoire contemporain. Un pianiste élevé dans l’ébullition musicale de son Toulouse natal, puis couvé sous l’aile attentive de Jean-François Heisser au CNSM de Paris. Sans doute est-il aussi le plus connu des trois, propulsé en 2001 par le concours Long-Thibaud. Cela ne l’empêche pas d’avoir un avis bien tranché sur la question des concours internationaux : « Un modèle qui séduit encore, mais aujourd’hui totalement obsolète car il ne tient pas compte de la diversité du piano contemporain, tant dans le répertoire que la périodicité des instruments. »

David Bismuth lui n’est passé par aucun de ces grands concours. Ce qui ne l’a pas empêché de s’imposer, à force de patience, comme l’un des héritiers les plus représentatifs de l’école française. Un piano « haute couture » teinté d’élégance et d’inventivité, comme en témoigne son dernier disque de transcriptions, Bach-ianas (juste paru chez Ame son). La transcription… Elle est au cœur des préoccupations de nos jeunes pianistes. « Il y a dans ce genre à part entière un côté hors du temps : un télescopage hybride de styles et d’époques, qui replace l’émotion au cœur de la musique, hors de toute considération esthétique », explique-t-il.

Edna Stern la connaît bien, cette liberté de la transcription. Elle vient de publier chez Zig Zag une relecture des Préludes et fugues de Bach entrecoupés de transcriptions de Busoni. La jeune pianiste israélienne mène aujourd’hui sa carrière surtout en France et en Belgique, mais n’a pas hésité à parcourir des kilomètres pour nourrir son imaginaire. Tel-Aviv, Bâle, l’Italie, Baltimore : autant de pèlerinages, autant de rencontres avec les maîtres Zimermann, Staier ou Fleischer. Difficile, dès lors, de l’associer à une école pianistique. Faut-il encore, d’ailleurs, parler d’écoles ? « Les transports aidant, les frontières entre les diverses écoles pianistiques sont en train de s’effondrer. C’est l’un des principaux bouleversements pour le présent et l’avenir du piano », prévient Bertrand Chamayou.

Lang Lang et Lars Vogt Le jeune piano est décidément à l’honneur cette semaine. À Pleyel, après un concert symphonique (12 février), Riccardo Chailly et son orchestre du Gewandhaus de Leipzig invitent (le 13) le phénomène chinois Lang Lang. Star du clavier à 26 ans, il vient de publier chez DG l’un de ses disques les plus aboutis, voué aux deux premiers concertos de Chopin. On le retrouve ici pour le premier de Mendelssohn. Au Châtelet, place à la relève d’outre-Rhin (le 15) avec le romantique Lars Vogt, 39 ans, rare en France, mais adoubé par les plus grands, Rattle et Abaddo en tête.

Faut-il y aller ? Oui ! Car cette œuvre rare nous promet un échange jubilatoire comme on n’en reverra pas de sitôt. En 1972, Karajan, Eschenbach et Frantz nous en livrèrent une lecture avec l’Orchestre de Paris restée dans les annales.

Bienvenue au Diable Beauvert ! De par son patronyme, on pourrait lui coller le maillot 83 de la table des éléments, mais il n’a rien de ce métal cassant et dur. Il n’a rien à voir non plus avec le pseudonyme utilisé par un ex-président pour protéger les conversations avec son avocat. Non, c’est tout simplement l’un des pianistes les plus attachants de sa génération. Alors mettez-vous vite à table et montez le son !

 

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CLASSIQUE. Ils se nomment Bertrand Chamayou, David Bismuth et Edna Stern. Le National de France les convoque au Châtelet pour le Concerto n° 7 pour trois pianos de Mozart. Certes, ces trois-là ne sauraient résumer à eux seuls la richesse de la jeune scène pianistique française. Ils n’en illustrent pas moins la vitalité, et la diversité.
Bertrand Chamayou, lui, c’est l’éclectique. Le dévoreur de répertoires, naviguant entre les Études transcendantales de Liszt et le répertoire contemporain. Un pianiste élevé dans l’ébullition musicale de son Toulouse natal, puis couvé sous l’aile attentive de Jean-François Heisser au CNSM de Paris. Sans doute est-il aussi le plus connu des trois, propulsé en 2001 par le concours Long-Thibaud. Cela ne l’empêche pas d’avoir un avis bien tranché sur la question des concours internationaux : « Un modèle qui séduit encore, mais aujourd’hui totalement obsolète car il ne tient pas compte de la diversité du piano contemporain, tant dans le répertoire que la périodicité des instruments. »

David Bismuth lui n’est passé par aucun de ces grands concours. Ce qui ne l’a pas empêché de s’imposer, à force de patience, comme l’un des héritiers les plus représentatifs de l’école française. Un piano « haute couture » teinté d’élégance et d’inventivité, comme en témoigne son dernier disque de transcriptions, Bach-ianas (juste paru chez Ame son). La transcription… Elle est au cœur des préoccupations de nos jeunes pianistes. « Il y a dans ce genre à part entière un côté hors du temps : un télescopage hybride de styles et d’époques, qui replace l’émotion au cœur de la musique, hors de toute considération esthétique », explique-t-il.

Edna Stern la connaît bien, cette liberté de la transcription. Elle vient de publier chez Zig Zag une relecture des Préludes et fugues de Bach entrecoupés de transcriptions de Busoni. La jeune pianiste israélienne mène aujourd’hui sa carrière surtout en France et en Belgique, mais n’a pas hésité à parcourir des kilomètres pour nourrir son imaginaire. Tel-Aviv, Bâle, l’Italie, Baltimore : autant de pèlerinages, autant de rencontres avec les maîtres Zimermann, Staier ou Fleischer. Difficile, dès lors, de l’associer à une école pianistique. Faut-il encore, d’ailleurs, parler d’écoles ? « Les transports aidant, les frontières entre les diverses écoles pianistiques sont en train de s’effondrer. C’est l’un des principaux bouleversements pour le présent et l’avenir du piano », prévient Bertrand Chamayou.

Lang Lang et Lars Vogt Le jeune piano est décidément à l’honneur cette semaine. À Pleyel, après un concert symphonique (12 février), Riccardo Chailly et son orchestre du Gewandhaus de Leipzig invitent (le 13) le phénomène chinois Lang Lang. Star du clavier à 26 ans, il vient de publier chez DG l’un de ses disques les plus aboutis, voué aux deux premiers concertos de Chopin. On le retrouve ici pour le premier de Mendelssohn. Au Châtelet, place à la relève d’outre-Rhin (le 15) avec le romantique Lars Vogt, 39 ans, rare en France, mais adoubé par les plus grands, Rattle et Abaddo en tête.

Faut-il y aller ? Oui ! Car cette œuvre rare nous promet un échange jubilatoire comme on n’en reverra pas de sitôt. En 1972, Karajan, Eschenbach et Frantz nous en livrèrent une lecture avec l’Orchestre de Paris restée dans les annales.

DAVID BISMUTH Né en 1975 sur la Côte d’Azur, David Bismuth obtient un premier prix au Conservatoire nationa! de région de Nice (classe de Catherine Collard).

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« Interpréter Debussy aujourd’hui » par Michel le Naour

Quand avez-vous abordé le piano de Debussy? Quelles questions pose l’interprétation de Debussy au piano? Parmi les compositeurs du 20e siècle, quelle descendance pianistique a eue ou a encore Debussy? Michel Le Naour a posé ces questions à de jeunes pianistes (David Bismuth, Florent Boffard, Sodi Braide, Bertrand Chamayou, François Chaplin, Nicolas Stavy et Cédric Tiberghien) qui ont tous travaillé, joué en récital ou enregistré des œuvres de Debussy et qui remettent sans cesse en chantier leur propre vision du compositeur.

DAVID BISMUTH Né en 1975 sur la Côte d’Azur, David Bismuth obtient un premier prix au Conservatoire nationa! de région de Nice (classe de Catherine Collard). A 14 ans, il entre au Conservatoire de Paris où il obtient ses premiers prix de piano et de musique de chambre. Diplômé du Royal College of Music de Londres, il reçoit tes conseils de Gyôrgy Sebök, Paul Badura-Skoda et Jean-Yves Thibaudet. Depuis peu, il se rend régulièrement au Portugal pour se perfectionner auprès de Maria Joâo Pires.

Quand avez-vous abordé le piano de Debussy?

Le piano de Debussy est pour moi la création d’un univers nouveau, purement sonore, ouvert sur le rêve, l’invisible, l’indicible. A travers cette alchimie des sons, le compositeur invente une musique essentiellement constituée de timbres. Très jeune encore, j’ai été touché par son esthétique personnelle, plus proche des poètes symbolistes que des peintres impressionnistes, et par l’expression la plus intime d’un « songe musical » dont personne n’avait osé rêver avant lui. Ma première approche de cette musique, à l’âge de 9 ans, a été la Première Arabesque pour piano. Mais c’est quelques années plus tard, avec les Préludes, que j’ai pu réellement découvrir à quel point « la chimie tout à fait personnelle » de Debussy, véritable odyssée harmonique, était l’évocation d’une atmosphère, d’un état psychologique, comparable dans sa liberté de forme et d’expression à un poème en prose. « Des pas sur la neige » en particulier, pur chef-d’œuvre de concision et d’émotion retenue, représente pour moi une pièce où se trouve contenu en quelques lignes l’univers de Debussy. Ayant abordé plus tard la suite Pour le piano et L ‘Isle joyeuse, deux de ses œuvres pianistiques les plus développées, ainsi que des Etudes, j’ai eu la chance, pour travailler ce répertoire, de rencontrer des professeurs préoccupés avant tout par le raffinement sonore et l’imaginaire que recèle cette musique. Catherine Collard tout d’abord, qui fut l’élève d’Yvonne Lefébure, puis Monique Deschaussées, élève d’Alfred Cortot, m’ont fait découvrir à quel point une totale liberté physique ainsi qu’une connaissance des ressources dynamiques et expressives du clavier permettaient d’accéder à cet univers et de le transmettre.

Quelles questions pose l’interprétation de Debussy au piano?
Alfred Cortot était un jour allé jouer quelques Préludes à Emma Bardac, la veuve du compositeur. Après avoir joué, il se retourne vers Chouchou, la fille de Debussy, alors âgée de 13 ans et lui demande si son interprétation approchait tant soit peu celle de son père. Elle hésita, puis répondit : « Oui, mais Papa écoutait plus attentivement… » Sans doute est-ce là une des clefs de l’interprétation. Pour lui, « le vrai conservatoire, c’est le rythme éternel de la mer, le vent dans les feuilles, et mille petits bruits qu’on écoute avec soin ». On rapporte que son jeu, en cela semblable à celui de Chopin, allait du triple pianissimo au forte, jamais au-delà, afin de préserver toute la richesse harmonique du son. Mais si l’écoute des notes écrites et de la sonorité est primordiale, celle des silences l’est tout autant. « Je me suis servi d’un moyen qui me paraît assez rare, c’est-à-dire du silence, comme un agent d’expression et peut-être la seule façon de faire valoir l’émotion d’une phrase. » Voici encore un des éléments nécessaires à l’interprétation. Le compositeur privilégiait son Bechstein, veillant au moelleux des graves, guettant la résonance des harmoniques dans l’espace, et s’inspirait de sa sonorité pour écrire et ainsi « le laisser parler ».

Parmi les compositeurs du 20e siècle, quelle descendance pianistique Debussy a-t-il eue?

Le piano de Debussy constitue l’une des plus grandes révolutions musicales du 20e siècle et ouvre une infinité de perspectives pour la musique à venir, notamment avec les Etudes, hommage à Chopin, mais résolument tourné vers le futur. En effet, les combinaisons calculées pour les « sonorités opposées » anticipent les équations d’un Webern, et les audaces rythmiques et harmoniques font entendre Bêla Bartok autant qu’elles annoncent les musiciens de jazz des années 50/60, tel Bill Evans. Parmi les musiciens se réclamant de Debussy, on peut citer Maurice Ohana, pour son attachement au « contact sensoriel immédiat avec le sonore ». De plus, ses 12 Etudes pour piano sont dans le sillage de Debussy, certaines étant consacrées précisément aux seuls intervalles que ce dernier n’avait pas abordés dans son premier cahier. Mais c’est Olivier Messiaen qui parle le mieux de son admiration pour Debussy et de l’influence qu’il a eue sur sa musique pour piano : « Peut-être ai-je pris à Debussy la contemplation amoureuse de la nature. Il est l’amant des phénomènes naturels.  » Ou encore :  » Il y a en sa musique ce rythme ondulé que j’ai toujours admiré sans arriver à l’atteindre. » De plus, l’influence directe des musiques d’Orient et l’utilisation du son pur comme autant de touches de couleurs seront abondamment reprises par Olivier Messiaen, qui déclarait encore : « Lorsque j’entends de la musique, je vois intérieurement des complexes de couleurs correspondant aux complexes de sons. En cela, Debussy fut un peu mon maître. »

David Bismuth travaille actuellement autour de la musique sud-américaine (notamment Villa-Lobos et Ginastera), avec des récitals à Paris (Invalides, Fondation Singer-Polignac) et Toulouse (Piano aux Jacobins, Tableaux-concerts au musée d’art contemporain).

David Bismuth, tout en restant fidèle à la personnalité musicale qui le caractérise a poursuivi son évolution pianistique et intérieure au travers d’une recherche sonore et musicale qui se doit d’être « infinie »…

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the cross-eyed pianist

MEET THE ARTIST……DAVID BISMUTH

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Who or what inspired you to take up the piano and make it your career? 

I chose to play the piano after I heard a friend playing a few notes. It seemed only natural that I should try the instrument and start playing. After a couple of years of private teaching, I entered the Conservatory of Nice, on the French Riviera, where I was born.  When I turned 14, I entered the Paris National Conservatory. It was at this time that I considered becoming a professional someday…

Who or what were the most important influences on your musical life and career? 

The person who has influenced me most these past ten years is the great pianist Maria Joao Pires. I had the chance to work with her when she lived in Portugal giving workshops there. Our musical collaboration evolved over the years and we even played together sometimes, 4 hands or 2 pianos. Both as a musician and as a person she remains a great source of inspiration.

What have been the greatest challenges of your career so far? 

To work without a manager and do everything by myself!

Which performance/recordings are you most proud of?  

I’m very pleased with the reactions I have received so far for my last recording, dedicated to “BACH and his sons”. It was particularly interesting to discover the music of Wilhelm Friedemann Bach, Carl Philipp Emanuel or Johann Christian Bach and make this family reunion happen, together with their father’s music.

Which particular works do you think you play best? 

I play a lot of French music… Maybe being a French pianist and living in Paris makes me feel closer to this repertoire and to the emotions and sensitivity it requires…

How do you make your repertoire choices from season to season? 

The recording projects I have help me toc hoose what I’m going to play next season. Sometimes I get special requests from festivals or orchestras asking me to perform pieces that I have dreamt about but never performed before which is particularly exciting.

Do you have a favourite concert venue to perform in and why? 

I played once in Polynesia, on an Island named Moorea. The concert took place in a beautiful resort in the countryside above the sea. The stage looked out onto the Pacific and from the piano I had an incredible view. When the concert started, the sun was setting…. I think this place instantly became my favourite venue in the world!

Favourite pieces to perform? Listen to? 

To perform: Bach/Busoni ‘Chaconne’ and Debussy ‘Clair de Lune’

To listen to: Rachmaninov 3rd Concerto and Schubert Sonata No. 21 D.960

Who are your favourite musicians? 

Radu Lupu, Jacqueline Du Pré, Samson François

What is your most memorable concert experience? 

Sharing the stage with Maria Joao Pires performing Mozart Concerto for 2 pianos in Paris, Salle Pleyel, in November 2010.

What do you consider to be the most important ideas and concepts to impart to aspiring musicians? 

I think one of the most important things in music is to keep true to the score, in order to discover what is not written on the score!

I would also encourage younger musicians to let the music come from their entire body, not only from their fingers and their head…

What are you working on at the moment? 

Mozart Concerto for 3 pianos, with the Orchestre de Paris.

Where would you like to be in 10 years’ time? 

I have absolutely no idea… And I like it !

What is your most treasured possession? 

My son Matteo! But he’s not really my possession, is he ??

What do you enjoy doing most, when not playing the piano? 

Watching tennis matches on tv… And also playing myself!

David Bismuth gives a recital of works by Fauré, Franck, Alkan, Chaminade and Saint-Saëns at the Institut français, South Kensington on Sunday 6 April, 12 noon as part of the It’s all About Piano! festival